D. Quand le cinéma français court le monde
Depuis 1949, Unifrance film international s'occupe de la promotion du cinéma français à l'étranger. Une mission difficile face à la déferlante des films américains dans le monde, mais plus que jamais stratégique à l'aube du XXIe siècle. Présidée par Daniel Toscan du Plantier, l'association vient d'obtenir des moyens supplémentaires pour assurer le rayonnement du cinéma français. 1. La présence régulière du « cinéma d'auteur » français à l'étranger Chaque année, une vingtaine de films français s'exportent sur les principaux marchés étrangers et rencontrent quelquefois plus qu'un succès d'estime. Les Visiteurs de Jean-Marie Poiré a, par exemple, atteint le million d'entrées en Espagne et Léon, le dernier film de Luc Besson, tourné en anglais, va dépasser les quatre millions de spectateurs aux Etats-Unis. Certains auteurs comme François Truffaut, Bertrand Tavernier, Eric Rohmer, Patrice Leconte, Maurice Pialat ou Claude Berri, disposent de fervents soutiens dans le monde entier et y assurent une présence régulière du septième art français. 2. Exporter les films français : une mission stratégique Pourtant, il s'agit là d'une mission stratégique à l'aube de la société de l'information et de la mondialisation des réseaux de communication. Le contrôle des programmes et des images, notamment cinématographiques, représentera en l'an 2000 un enjeu culturel, politique et économique de toute première importance. D'autres manifestations du même ordre sont prévues, à Séoul en 1996, mais aussi peut-être en Europe, en Scandinavie, au Québec ou en Australie. Unifrance assure également la présence du cinéma français dans d'autres manifestations internationales en travaillant étroitement avec les plus grands festivals (Cannes, Berlin, Venise, Toronto, etc.) et en apportant un soutien logistique aux sociétés françaises de vente de films, via la présence de stands « ombrelles » sur les principaux marchés mondiaux (Cannes, Los Angeles, Montréal, Tokyo, etc.). 3. Faut-il doubler les films français aux Etats-Unis ? Il existe aussi des aides au sous-titrage, à la publicité et au tirage de copies, notamment pour les pays d'Europe centrale et de l'Est, ou lorsqu'un film français est sélectionné en compétition officielle dans un grand festival. Unifrance et le ministère de la Culture réfléchissent, en outre, à la mise en place d'une aide au doublage, qui concernerait principalement le marché américain. En effet, alors que les films français sortent souvent en version doublée sur les marchés européens, ils sont confinés à la version originale sous-titrée dans quelques salles spécialisées à New York et Los Angeles. Le doublage (fort coûteux) des films français augmentera-t-il leur audience outre-Atlantique ? Un test intéressant aura bientôt lieu avec la sortie américaine des Visiteurs, dans une version doublée par Mel Brooks (le doublage a coûté 500 000 dollars). « Il suffirait à mon sens d'un précédent, estime Daniel Toscan du Plantier, un film français qui rapporterait beaucoup d'argent, pour que les Américains s'intéressent vraiment à notre cinéma et que celui-ci atteigne 5 % de part de marché. » Christian Boudier
La célébration du centenaire du cinéma a un parfum d'autant plus nostalgique qu'elle exalte une époque où le septième art allait devenir l'un des supports privilégiés du rayonnement de la culture française à l'étranger. Jusqu'à la Première Guerre mondiale, de Georges Méliès à Louis Feuillade, les films réalisés par les héritiers des frères Lumière ont, en effet, dominé les premières salles obscures du monde entier. Mais depuis 1945, on assiste à la montée en puissance des productions hollywoodiennes sur tous les marchés.
Conscient de l'enjeu que constitue l'exportation des films, le cinéma français a réagi très vite. Dès 1949, a été créé Unifrance, financé par le Centre national de la cinématographie et le ministère des Affaires étrangères, dans le but de favoriser la promotion et la diffusion du cinéma français dans le monde. Apparemment avec succès, puisque les recettes des films français à l'étranger sont passées entre 1956 et 1993, de 43 millions à 433 millions de francs. Le poids de ces recettes dans l'économie cinématographique française est donc considérable. Cyrano de Bergerac de Jean-Paul Rappeneau a, par exemple, a dépassé 50 millions de francs de ventes à l'étranger, soit plus de la moitié de son budget de production. Ces chiffres placent sur le marché mondial le cinéma français à la deuxième place, loin derrière le cinéma hollywoodien auquel il apparaît pourtant comme une alternative.
Mais les obstacles à son exportation n'en sont pas moins considérables : le handicap linguistique, l'inexistence d'implantation commerciale hors de France, la rareté des vedettes françaises de renom international et le contenu souvent trop intimiste des films sont les principaux d'entre eux. Le cinéma français a perdu, ces dernières années, des spectateurs dans la plupart des pays étrangers, même francophones comme la Belgique ou la Suisse, et si les recettes à l'exportation ont progressé, c'est avant tout grâce aux achats de films français par les télévisions étrangères. En Europe, par exemple, les ventes aux télévisions représentent 80 % du chiffre d'affaires à l'étranger du cinéma français.
« Le premier axe d'intervention d'Unifrance est le soutien à la promotion des films », explique Bruno Berthény, actuel délégué général. « Unifrance a mis en place une politique de grandes "vitrines" sur les trois marchés directeurs de l'audiovisuel mondial que sont l'Amérique, l'Asie et l'Europe. » Unifrance a par ailleurs des bureaux à Munich, à New York et à Tokyo. En 1989 a été ainsi créé le Festival de Sarasota en Floride (voir encadré), en 1993 celui de Yokohama au Japon, et en 1994 a eu lieu le premier festival de films français d'Avoriaz (dans les Alpes françaises), destiné aux distributeurs européens. Ces festivals rassemblent professionnels français et étrangers autour d'une sélection d'une vingtaine de films français récents.
A ces rendez-vous internationaux d'envergure s'ajoute une action ponctuelle d'aide directe à la diffusion des films qui a concerné 112 longs métrages en 1992 et 1993. Ces aides sont de plusieurs sortes : la première est la prise en charge des frais de déplacement des artistes afin de contribuer à la création d'événements autour de la sortie des films français dans certains pays (169 comédiens et réalisateurs ont pu ainsi se déplacer en 1992-1993).
Troisième axe, l'information qui est essentielle pour fournir aux professionnels français une connaissance de la réalité des marchés étrangers et de la carrière qu'y connaissent les films français. Signalons encore les aides à la diffusion du court-métrage, les programmes d'accueil en France de journalistes étrangers ou le Groupement d'intérêt économique, France cinéma diffusion, qui, depuis cinq ans, tente de réimplanter le cinéma français dans des pays où il avait pratiquement disparu, comme le Brésil, le Maroc, l'Inde ou le Mexique.
