La littérature de jeunesse au lendemain de la seconde guerre mondiale : état des lieux et perspectives
Thème: Langues et Littérature
En ouverture du Colloque « Cultures d'ici, cultures d'ailleurs : reflets dans la littérature de jeunesse » ayant eu lieu à Namur en octobre 2001 à l'initiative du Centre de Lecture Publique de la Communauté française de Belgique, Monique Garsou évoque la question de l'éducation au pluralisme et à la tolérance et du rôle que la littérature de jeunesse peut jouer à cet égard :
«...Le brassage des cultures caractérise plus que jamais les sociétés contemporaines. Nourrie des apports de chacune des communautés, cette diversité culturelle constitue une véritable richesse.
Toutefois, la cohabitation des différences, pour souhaitable qu'elle soit, ne se déroule pas sans heurts. Comprendre l'autre, admettre sa différence, accueillir sa spécificité exigent un effort. Bien entendu, celui-ci sera d'autant plus léger et naturel s'il s'appuie sur une plus étroite familiarité avec la culture de l'autre. Combien de préjugés ne s'alimentent que par l'ignorance ou l'absence de curiosité.
La littérature de jeunesse, en abolissant la tentation de l'intolérance, peut jouer un rôle non négligeable dans ce contexte. On compte en effet un nombre important d'ouvrages de jeunesse qui abordent la multiculturalité en ouvrant l'accès à l'autre. »
Donner à voir le monde, à hauteur d'enfants, dans ses dimensions culturelles et sociales. C'est l'une des missions attribuée au livre de jeunesse au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale, impulsée par les représentants de la Nouvelle Education et incarnée par la collection Les enfants de la Terre, dont le premier titre « Apoutsiak, petit flocon de neige » est publié en 1948 par les Albums du Père Castor sous la houlette de Paul Faucher, éditeur engagé et précurseur, très attaché à la dimension éducative du livre de jeunesse. Car il est une destination du livre à laquelle tient tout particulièrement Paul Faucher : sa capacité à favoriser la rencontre et la (re)connaissance de l'autre en sa différence.
En effet, la littérature de jeunesse est un moyen particulier de communication entre le monde des adultes et celui de l'enfance ; en ce sens, elle représente un médium privilégié pour la transmission de messages porteurs de valeurs socioculturelles fondatrices pour l'enfant lecteur.
Mais un livre n'est jamais neutre, il véhicule les choix et les expériences d'un auteur ; tout particulièrement dans la littérature destinée à la jeunesse qui s'adresse, comme le précise Agnès Desarthe, « à des âmes en formation et qui à pour but de faire passer des règles de pensée et d'action ».
De la même façon, comme le souligne Hélène Gratiot-Alphandéry, « (...)le livre acquiert une autorité considérable auprès des enfants qui vivent une aventure, éprouvent des émotions mais se trouvent également invités à partager des jugements. ».
Cette perspective générale qui met en question le rapport à l'autre et à la différence au travers de la littérature de jeunesse soulève ainsi de nombreuses interrogations et ouvre la voie à divers chemins d'étude.
En effet, comment la littérature de jeunesse et l'album pour enfant abordent-ils la différence et tout particulièrement les spécificités culturelles ?
De même, la littérature de jeunesse est-elle un instrument au service de la diffusion des valeurs occidentales au détriment de celles des cultures d'ailleurs, ou au contraire se montre-t-elle respectueuse et attentive aux valeurs de l'autre ?
Par ailleurs, alors que les enfants d'aujourd'hui ont un accès au monde beaucoup plus large via les médias de masse tels que la télévision, quel impact suscite le livre de jeunesse abordant les cultures du monde.
Objet de transmission culturelle faisant largement appel à l'affectivité et à l'émotion, quel écho peut-il trouver auprès des enfants lecteurs ? Comment sont-ils sollicités au travers de ces ouvrages ?
